30nov 2008
"Mafieux" : Amiel-Donat défendue par un proche de Charles Pasqua
21:52 - Par Fabrice THOMAS - 2008
« Il faut qu'on lance une vraie bagarre contre ce système maffieux. Je n'ai pas peur d'utiliser le terme mafieux, quitte à ce que Jean-Paul Alduy m'attaque en diffamation », avait déclaré Jacqueline Amiel-Donat lors d'une conférence de presse le 17 mars, au lendemain du second tour des élections municipales.
Jean-Paul Alduy ne s'est pas laissé impressionner par les accusations graves de la tête de liste de la gauche. Il a poursuivi Jacqueline Amiel-Donat en justice. L'avocate était, lundi 24 novembre, au pied du mur. Elle avait rendez-vous avec les juges du tribunal correctionnel pour apporter les preuves de ses lourdes accusations. On s'attendait à un grand déballage qui ferait date.
Déception ! On assista à une pitoyable débandade. Pas une phrase ne sortit de la bouche de l'avocate. Pas un mot. Assise sur la chaise des prévenus, la dame tout de sombre vêtue avait le regard bas. Où était celle qui n'avait pas peur de dénoncer un système mafieux ?
Mais que l'on se rassure, Jacqueline Amiel-Donat retrouva la parole à la sortie du tribunal devant la caméra de FR3 pour déclarer quelle ne se dérobait pas. La preuve… elle était la seule présente. Remarque pas très aimable pour son ami Bourquin, lui aussi poursuivi. Madame Amiel-Donat utilise bien les médias. Mais sa pirouette ne faisait pas oublier sa fuite devant le tribunal.
L'avocat de l'avocate, maître Vincensini a tout essayé. Il bombarda le tribunal de quantité d'arguments de procédure. Maître Simon Cohen, l'avocat de Jean-Paul Alduy, répondit en faisant remarquer que celle qui disait ne pas avoir peur de prononcer le mot mafieux et ne pas craindre de devoir s'en expliquer devant la justice cherchait aujourd'hui « Une toute petite porte de sortie. »
« C'est la liberté d'injurier, la liberté de salir, qui est revendiquée », expliqua l'avocat toulousain du maire de Perpignan. « On peut tout dire si on peut le prouver, si on peut le démontrer. »
Maître Edgard Vincensini, lui, défendait le droit de débattre sans limite : « Il faut en finir avec cette société asphyxiée par le politiquement correct où on ne peut plus rien dire. » C'est pour l'avocat de J. Amiel-Donat : « Une négation de la liberté d'expression. »
La dénonciation du politiquement correct étant un procédé surtout utilisé par l'extrême-droite pour dénoncer des idées de gauche et défendre ses propres abus de langage, on a été complètement surpris de l'entendre dans la bouche d'un avocat plaidant pour une femme politique de gauche.

Mais où Amiel Donat est elle allée chercher cet avocat ? C'est un proche de Charles Pasqua. Avocat de Pasqua, de son fils, du conseil général des Hauts de Seine, il a été trésorier et mandataire financier du RPF. Ce qui lui a valu de se retrouver mis en examen et condamné à six mois de prison avec sursis pour "faux" dans l'affaire de financement illicite de la campagne de Charles Pasqua aux européennes de 1999. « L'ancien ministre de l'intérieur était poursuivi, avec six autres prévenus, pour avoir bénéficié d'un financement de 7,5 millions de francs (1,14 millions d'euros) en échange de l'autorisation d'exploitation du Casino d'Annemasse (Haute-Savoie), accordée quatre ans plus tôt à deux de ses amis qui ont bâti leur fortune dans le monde des jeux de hasard en Afrique, Robert Feliciaggi, assassiné en mai 2006, et Michel Toni. (Le Monde du 14 mars 2008, extrait d'un article de Pascale Robert-Diard.) Il semble que Charles Pasqua ait fait appel de ce jugement.
Que vient faire cet avocat dans une affaire à caractère politique où il aurait été plus naturel de trouver un avocat de gauche ? Nos informations en la matière ne sont pas assez avérées. Maître Vincensini aurait put être choisi pour ses compétences en matière de diffamation. Mais il ne compte pas parmi les spécialistes parisiens reconnus dans cette procédure particulière.
Chassez le naturel, il revient au galop. Le passé à droite, bien à droite de Jacqueline Amiel-Donat lui colle toujours à la peau.
Le représentant du parquet demanda le sursis à statuer. C'est à dire que le tribunal attende la fin de l'instruction de l'affaire de la fraude du bureau numéro 4 pour se prononcer. Réquisition assez surprenante. Dans ce tribunal et à la cour d'appel à Montpellier, les magistrats ont, ces dernières années, à plusieurs reprises, dans les débats et dans leurs jugements, rappelé que les personnes qui étaient accusées de diffamation devaient détenir les preuves des propos qu'elles tenaient au moment où elles les prononçaient.
Ce fut ensuite au tour de Bourquin, lui aussi poursuivi par Jean-Paul Alduy. Le président du conseil général n'avait pas fait dans la dentelle ; « On nous parlait jusqu'à présent de poulets frits, de mobylettes et de scooters, et voilà que certains sont pris la main dans le sac. Je ne pensais pas qu'on soit capable à Perpignan de salir notre image à ce point dans la France. J'appelle ceux qui ont commis ces méfaits à se retirer de la compétition électorale de Perpignan. C'est notre démocratie qui est en jeu. ça ne s'est jamais vu dans un pays démocrate et républicain. Il y aurait des tanks et des fusils que se serait pareil. Ce sont les tanks et les fusils de monsieur Alduy. La situation est d'une gravité ignoble. (…) Monsieur Alduy les défend. Il est lamentable. Il y avait depuis quelques temps des rumeurs sur les cyclos, il y avait de telles rumeurs sur les poulets rôtis, il y avait de telles rumeurs sur les écrans plats. Les voyous ne sont pas en dehors de la mairie, ils sont dans la mairie. Qui vous dit qu'avant ça n'y était pas ? Il s'agit du frère d'un adjoint au maire (…). Il ne nous reste qu'un stade au dessus de celui-ci : les chars et les mitraillettes. Quand on est capable de tricher à une élection, il ne reste que les chars et les mitraillettes après (…)" (Texte intégral de la citation directe ).
Poursuivant sur le même terrain, maître Cohen expliqua que « sans limite dans le cadre du débat politique, on pourrait s'insulter avec une totale liberté. » Il interrogea « quel serait l'effet d'une telle tolérance ? On transformerait le débat politique en échanges d'injures. » Et là encore Bourquin ne fournissait pas le début d'une offre de preuve en particulier dans la reprise d'accusations d'achats des voix avec des scooters, des écrans plats…
Deux avocats assuraient la défense de Christian Bourquin, maître Gilles Gauer de Montpellier et maître Nicolau. Ce dernier qui fut le premier adjoint de Jean-Paul Alduy, pendant huit années, semble garder une rancune tenace contre celui qui l'a remercié en 2001. Evoquant les jumelages de Perpignan avec nombre de villes dans le monde (plus d'une dizaine), il dénonça leur activité qui se limiterait, selon lui, à offrir à des élus la possibilité de faire des voyages payés par le contribuable*. Le scud était naturellement destiné à Maurice Halimi, maire-adjoint à la culture, responsable des jumelages assis sur l'autre banc réservé aux avocats, en face et à quelques mètres d'Etienne Nicolau. Parti des jumelages, maître Nicolau arriva aux chaussettes en proposant de jumeler Perpignan et Montélimar. N'ayant pas compris ce qu'avait voulu dire l'avocat, nous nous fîmes expliquer que les nougats se mettaient dans les chaussettes. La vedette du barreau de Perpignan (qui est aussi le beau-frère de J. Amiel-Donat) en fit des tonnes avec des accusations de fraude électorale massive. Il aurait eu tort de se priver, tout ou presque pouvant être dit dans un tribunal. Mais il en fit beaucoup trop. En matière de diffamation, il vaut mieux produire des preuves.
Etienne Nicolau connaît bien Alduy. Dans son fort intérieur, pense-t-il que le maire de Perpignan puisse, de près ou de loin, être impliqué dans une affaire de fraude électorale ? Certes, il fait son boulot d'avocat et vide un peu au passage son sac de ressentiment, ce qui n'échappe à personne. Car tout le monde sait qu'il a été le premier maire-adjoint de Jean-Paul Alduy. Ce très grand avocat gagnerait en crédibilité en se tenant à l'écart d'affaires où il donne l'impression de venir régler ses comptes. Amiel-Donat et Bourquin ne font pas pour rien appel à lui.
Cela dit le raisonnement d'Etienne Nicolau est comme d'habitude adroit. En rappelant que Georges Garcia est le frère d'un maire-adjoint, en rappelant que Mimi Djoyas était seconde sur la liste et deuxième maire-adjointe, il fait remonter les accusations de fraude au sommet. Il tente de mouiller Alduy. Mais comme Amiel-Donat est partie civile et a accès au dossier, il sait que ni Alduy, ni Manu Garcia ne sont mis en cause. Quant à Mimi Djoyas, le seul crime qu'elle a commis est à ce jour d'avoir fait partie du bureau de vote. Rien de plus.
Maître Grauer plaida en faveur de l'absence de limite dans le débat entre hommes politiques. Evidemment… Quand on a été l'avocat de Frêche dans l'affaire des insultes aux harkis…
Le jugement a été mis en délibéré au 2 février 2009.
- Voilà un beau sujet d'enquête journalistique. Les jumelages servent-ils encore à quelque chose ? Profitent-ils surtout à une poignée d'élus, comme on l'entend trop souvent dire ?