11jan 2009
Scènes de violence après la manifestation pour la Palestine
07:45 - Par Fabrice THOMAS - 2009
Après les émeutes à caractère communautaire en 2005, voilà que Perpignan découvre les manifestations qui dégénèrent.
Élément nouveau par rapport à la manifestation pour la Palestine du samedi précédent, la présence de plusieurs dizaines de jeunes la tête enveloppée dans un foulard palestinien ou le bas du visage masqué par un drapeau palestinien. Des jeunes qui, dès le départ, place de Catalogne, paraissaient assez énervés et refusaient de suivre les consignes du service d'ordre, très réduit, des organisateurs.
La tension perceptible tout au long du défilé (autour de 1500 participants) est montée d'un cran à l'approche de la préfecture et du moment de la dispersion. Jets de projectiles sur les policiers. Des pierres ont atteints des passants (deux blessés légers). Puis c'est une horde de 60 à 80 individus qui déboule sur le quai Vauban. Sur son passage la porte vitrine du magasin Lacoste est cassée, les chaises des terrasses de chez Espi et Imbernon sont balancées dans tous les sens et dans la Basse. Un promeneur prend une chaise sur la tête. Passé la Place Arago, juste au début de la rue Alsace Lorraine, la porte de la Parfumerie Royale est fracassée. Les violences contre les commerces vont se poursuivre rue de la Barre, les vitrines d'un magasin de vêtement EDC et la pâtisserie Esparcel explosent sous les coups. Mouvements de panique, des gens courent dans tous les sens. Les casseurs prennent la rue des Trois Journées, défonçant de nouvelles vitrines, la Galerie Bleu Ciel, le magasin de journaux de Michel Tixador, le cordonnier, un magasin de vêtements portant également l'enseigne EDC. Après s'être attaqués aux vitrines de deux boutiques Oh' les casseurs pénètrent dans un des magasins, tenu uniquement par des femmes, et volent des vêtements. Un peu plus loin, c'est un encadreur à l'enseigne El Cloki qui se fait fracasser sa vitrine. Dans le magasin, un client qui se trouvait juste derrière la porte est blessé par des éclats de verre qu'il reçoit au visage et aux yeux. Le commerçant qui sort de son magasin pour tirer le rideau prend un coup sur la tête. La personne blessée par des éclats de verre a été conduite à l'hôpital par les pompiers. La horde est ensuite repérée se dirigeant vers la place Cassanyes et la cité du Champ de Mars. Au centre ville, c'est la consternation et l'indignation parmi les commerçants et les promeneurs de tous âges qui, par centaines, ont été témoins des violences.
Les policiers sont intervenus très vite et des arrestations en flagrant délit ont été effectuées. Pierre Parrat, adjoint à la sécurité, responsable de la police municipale était sur le terrain où il a rapidement été rejoint par Jean-Paul Alduy qui a rendu visite à tous les commerçants agressés et traumatisés. Le maire de Perpignan déclarait avoir rencontré la semaine passée les organisateurs de la manifestation et leur avoir exprimé ses craintes sur les risques de débordement.

Banderole pro Hamas. Manifestation du 3 janvier. Egalement présente le 10.

Manifestation du 3 janvier.Banderole également présente le 10

Tête de la manifestation du 10 janvier.
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La vitrine du cordonnier de la rue des Trois Journées après le passage des casseurs.''

La responsable des magasins Oh' (rue des Trois journées) est sous le choc après l'intrusion des casseurs dans son magasin. Ils sont repartis avec des vêtements et ont cassé deux vitrines.
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Le maire de Perpignan avec le propriétaire de la galerie El Cloki où il ne reste plus une vitre intacte.''
Il est vrai que le déroulement de la manifestation du samedi précédent : slogans religieux, banderoles pro Hamas, affrontements avec la police en fin de manif… faisait craindre des dérapages plus sérieux.
A propos des banderoles et des slogans. Nous avons rencontré, quelques jours après la manifestation du 3 janvier, un militant de gauche pro-palestinien qui nous a dit avoir quitté rapidement la manif. Il se demandait comment des responsables politiques, comme Nicolas Garcia, secrétaire de la fédération du PCF, maire d'Elne, pouvait rester dans une manifestation où les slogans religieux étaient aussi nombreux et le soutien au Hamas aussi voyants. Pour lui, le combat pour la défense des droits fondamentaux du peuple palestinien, n'est pas un combat religieux et encore moins islamiste. Et il est important qu'il ne le devienne pas, en particulier en France. Il ajoutait aussi que plus de 90% des participants à la manifestation étaient d'origine maghrébine et que si les organisateurs n'arrivaient pas à laïciser ce combat, les manifestations de soutien aux palestiniens auraient bientôt un caractère totalement communautaire et religieux. Résultat qui serait totalement contre-productif car il mettrait à mal la sympathie que des millions de français ont pour la cause du peuple palestinien.
Le collectif 66 Paix et justice en Palestine (PCF, MJC, LCR NPA, Sud Solidaires, Mouvement de la Paix, CGT, FSU, Main dans la main, Coup de soleil, Asti...) qui organise les manifestations doit faire face à de nombreux problèmes, à commencer bien sur par celui de la sécurité. Dans un communiqué à la presse, Abdelillah Mnia, son porte-parole, déclare : « Nous condamnons fermement les agissements de ces jeunes désoeuvrés identifiés avant le départ de la manifestation par la police comme probables auteurs de troubles. » C'est clair ! Le collectif se dédouane en renvoyant le problème vers la police. Il est un peu facile de jeter les gens dans la rue et de refuser toute forme de responsabilité. Le communiqué se termine de façon surréaliste : « Pour sa part, M. le Sous-Préfet de Céret (NDLR : Il remplaçait le préfet) a félicité la délégation pour son sens de la responsabilité et son organisation réussie de la manifestation. » Le sous préfet a-t-il bien tenus ces propos ? A-t-il manqué un épisode ?
Du côté de l'UMP, on pose crûment le problème de la sécurité, en particulier dans la perspective de la prochaine manifestation : « Il va impérativement falloir que chacun assume ses responsabilités, qu'il s'agisse des organisateurs de la manifestation ou des services d'ordre chargés de la protection des personnes et des biens. Nous soutiendrons Monsieur le préfet dans toutes ses initiatives visant à interdire la manifestation de samedi prochain. » (Communiqué de Daniel Mach, président départemental de l'UMP et François Calvet, secrétaire départemental).
Appeler ou pas à manifester samedi prochain, se tourner vers d'autres formes d'expression ? Les organisations de gauche qui composent le collectif pour la Palestine sont face à leurs responsabilités.