25fév 2009
La Clau et la pensée occidentale
12:33 - Par Fabrice THOMAS
Début janvier, Robert Marty publie sur la-clau.net un article titré : L'Islamophobie comme facteur de résistance à la crise. Le 11 janvier Viçenc Dumas, un des deux responsables de la Clau lui répond. Le titre est cinglant : Analyse d'un article de propagande sur l'islamophobie.
L'attaque se précise dans le chapeau de l'article : «La sclérose intellectuelle mine l'occident par ces temps de crise, jusqu'à La Clau quand elle sort des clous du politiquement incorrect...».
La charge contre Robert Marty redouble de violence dès la première phrase de l'article : «Souvent, sous couvert d'intellectualisme, validé ou non par des titres universitaires trompeurs, se cache la propagande la plus simple.»
Voilà donc Robert Marty accusé d'amener à La Clau : «La sclérose intellectuelle qui mine l'occident» et d'avoir fait un article de propagande caricaturant la pensée occidentale, pensée dont Vincent Dumas prend la défense.
Nous n'entrerons pas dans le débat qui a agité la rédaction de La Clau. Nous mettons à la fin de l'article tous les liens qui permettent de retrouver les écrits des uns et des autres.
Notre propos porte pour l'essentiel sur l'article de Viçenc Dumas.On y trouve de curieux relents qui ont retenus notre attention et nous ont semblés mériter un commentaire.
De la pensée occidentale à Carl Schmitt
Viçenc Dumas se réfère à la pensée occidentale. Quelle pensée occidentale ? Le champ est vaste. Mais il nous met rapidement sur la piste en dénonçant : «Un certain terrorisme intellectuel issu de la Libération et du drame de39-45 qui a rayé d'un trait de plume des pans entiers de la pensée occidentale». Puis il avance un pion avec sa défense de Carl Schmitt puis un autre : «L'assimilation de la pensée conservatrice au totalitarisme et au racialisme que fut le nazisme est une escroquerie». On a déjà lu tout cela sous la plume des philosophes de la Nouvelle Droite, du GRECE, Alain de Benoist, Guillaume Faye, Jean-Claude Valla...Penseurs d'extrême-droite.
Un mot quand même sur Carl Schmitt. Il est impossible de le ramener à la simple figure d'un conservateur antilibéral. Schmitt est un penseur, majeur, du totalitarisme et du fascisme en particulier. Sa pensée est au coeur du IIIe Reich : ennemi total, guerre totale, état total. Ne pas voir le racisme et en particulier l'antisémitisme de Carl Schmitt procède de la même démarche sélective. L'antisémitisme est au coeur de la pensée de Schmitt, c'est un de ses fondements. Théorisant la notion d'ennemi de race et de sang, il participa à l'élaboration de leur corpus juridique. Présenter C. Scmitt, seulement, comme un membre du parti nazi qui en fut rapidement écarté, fait l'impasse sur le rôle de premier plan de ce juriste, théoricien qui fut avant tout un idéologue. Si ce rôle fut plus important, à une période capitale, au début des années trente, avant et après l'accession de Hitler et l'instauration de la dictature des nazis, Carl Schmitt n'en resta pas moins, même ensuite éloigné des responsabilités, un fidèle soutien intellectuel de l'idéologie national socialiste.
La lecture de Carl Schmitt séduit certains anti libéraux, d'un bord et de l'autre. Mais il faut souligner que l'anti-libéralisme de Carl Schmitt s'accompagne d'un refus du pluralisme et de tout ce qui constitue la démocratie.
Dans ce contexte, l'adresse de Dumas à Marty est encore plus dérangeante : «Finissons-en enfin avec ces intellectuels "chiens de garde" du système, dont l'article propagandiste ainsi commenté est un exemple» . Comme l'écrit Marty avec humour : «Il s'agit certes d'une liquidation symbolique, pour l'instant.»
Les évènements qui ont suivi sont tout, sauf surprenant. Robert Marty a rédigé une réponse qu'il a mis sur son blog du site La Clau. Cette réponse a quelques heures plus tard été retirée par Estève Valls, l'autre responsable de La Clau, au motif que «Si on travaille dans telle ou telle structure, on ne peut pas la critiquer, ou alors cela crée des problèmes.»
Un responsable de La Clau a le droit de critiquer, et même méchamment , un collaborateur de La Clau. Mais celui qui est mis en cause n'a pas le droitde répondre, car il ne faut pas critiquer la structure. Remplacez ce dernier mot par « parti », « Reich »...
Robert Marty en a tiré la conclusion qu'un tel comportement imposait. Il a, le 17 janvier, décidé de renoncer à son blog de La Clau et il a mis fin à une collaboration qui avait commencée dès les débuts de La Clau en 2005.
A noter : Esteve Vaills et Viçenc Dumas, sont membre de CDC, Convergence Démocratique de Catalogne et ils siègent à son Conseil national (15 membres).
A noter également : Jacqueline Amiel-Donat est sur facebook membre du groupe Lecteurs de Carl Schmitt, 10 membres.
Liens vers les articles de Robert Marty et Vicenc Dumas http://robertmarty.unblog.fr/2009/01/17/la-fonction-politique-de-lislamophobie/
http://blogs.la-clau.net/vicenc-dumas/blog/analyse-dun-article-de-propagande-sur-lislamophobie-322
http://robertmarty.unblog.fr/2009/01/17/bingo-article-censure-par-la-redaction-de-la-clau/#more-50
Extraits de l'article de Vicenc Dumas
"Avec la crise, et après la mort de la cité idéale communiste symbolisée par 1989, c'est la cité idéale capitaliste anglo-saxonne qui semble s'écrouler en 2009. Ce ne doit pas être une incitation au retour en arrière,mais une incitation à creuser dans les profondeurs de la pensée occidentale."
"Ce genre d'argumentaire n'a pu fonctionner qu'à la faveur d'un certain terrorisme intellectuel issu de la libération et du drame de 39-45 qui a rayé d'un trait de plume des pans entiers de la pensée occidentale sur le même modèle".
"Le philosophe Carl Schmitt fût membre du parti nazi mais en fût rapidement écarté et ne passa que 18 mois en détention après Nuremberg. Il partageait d'ailleurs le même vote et la même défiance que l'immense philosophe Martin Heiddeger. Ces intellectuels avaient en commun de partager, avec d'autres, un positionnement politique conservateur et antilibéral dans l'après 14-18. On leur fait souvent porter des responsabilités qu'ils n'avaient pas. Les uns et les autres n'étaient ni socialistes ni racistes comme l'étaient les nazis de 1943."
"L'antisémitisme racial n'étant plus qu'une croyance pour quelques illuminés qu'il ne faut plus avoir peur de dénoncer, si on veut enfin dépasser l'illusion progressiste ou régressiste, du religieux ou de l'idéologie."
"Ou en s'appuyant sur Serge Halimi paraphrasant Paul Nizan, le grand père d'Emmanuel Todd auquel on fait dire ce qu'on veut sauf l'essentiel, finissons-en enfin avec ces intellectuels « chiens de garde » du système, dont l'article propagandiste ainsi commenté est un exemple."