26juin 2009
« La collection » de bulletins de vote de Marie-Claire Mas
17:14 - Par Fabrice THOMAS - 2009
Madame MAS, cette femme solide et de caractère, est profondément contrariée par cette histoire de bulletins cachés sous ses aisselles. Elle ne comprend pas ce qui lui arrive : « Je ne pensais vraiment pas faire quelque chose d’interdit ». Abattue mais décidée à défendre son honneur : « S’il vous plait, dites bien que j’ai des valeurs morales, citoyennes et républicaines. Dites bien que mon honnêteté n’a jamais été mise en cause et que tout le monde me respecte. J’ai passé 45 ans à la ville de Perpignan, j’étais le numéro deux, directeur général adjoint des services. J’ai la légion d’honneur. Dites bien que je vais aller voir un avocat et que nous poursuivrons tous ceux qui m’ont salie avec cette histoire de bulletins sous les aisselles. Même si je sais bien que ce n’est pas moi qui suis visée… »

Dimanche 21 juin, Marie-Claire Mas, colistière en quarantième position sur la liste conduite par Jean-Paul Alduy, était déléguée de Perpignan au cœur sur les bureaux 25 et 26 de l’école Hyacinthe Rigaud au Moulin à Vent. Alors que la clôture des bureaux de vote approche, Marie-Claire Mas se dit qu’il faut qu’elle pense à ramener des bulletins de la liste Alduy. Faisant l’aller retour entre les deux bureaux de vote à un moment, en fin d’après-midi, plutôt autour de 17 heures, après avoir discuté avec le secrétaire du bureau 26, elle prend quelques bulletins de vote, cinq ou six peut-être, sur la table où tous les bulletins sont disposés. Elle revient vers le bureau 25 où se trouve sa sacoche et elle y range les bulletins. Elle voit ensuite la déléguée de la liste Amiel-Donat qui va chuchoter quelque chose à la présidente du bureau de vote. Puis cette dernière vient lui demander d’où viennent les bulletins de vote qu'elle a mis dans sa sacoche. Madame MAS lui raconte et la présidente se montre satisfaite par l’explication.
Le dépouillement se passe et se termine par la signature du procès-verbal, sur lequel Marie-Claire Mas découvre que la présidente du bureau a écrit : « La présidente a interpellé Madame Marie-Claire Mas car elle avait une liasse de bulletins de Jean-Paul Alduy sous le bras et était en train de la mettre dans son sac. Madame Mas précise que les bulletins n’ont pas été pris dans le bureau 25 mais 26, pour une utilisation purement personnelle pour son dossier personnel à son domicile. Il s’agit de quelques bulletins vers 16h30 ».
Madame Mas souhaite ajouter un commentaire sur le procès-verbal, ce qu’elle a tout à fait le droit de faire comme déléguée de liste. Cela lui a, dit-elle, été refusé par la présidente du bureau. Ce refus est le seul fait non conforme au code électoral qui puisse être relevé lors du déroulement des opérations de vote au bureau numéro 25.
Marie-Claire Mas a, sur France Bleu Roussillon, expliqué qu'elle conservait le matériel électoral : « Si vous voulez venir chez moi, je vous donnerai tous les bulletins et les tracts depuis 20 ans en arrière, 30 ans en arrière, parce que je me suis toujours passionnée pour ça, que j’ai fait toutes les élections et que je les ai gardés ».
Nous sommes donc allés voir l’insolite collection de madame MAS. Elle nous a reçu chez elle au Moulin à Vent et elle a commencé à sortir les dossiers, les boîtes archives contenant les tracts, profession de foi et bulletins de vote des élections des années 1980, 1990 et 2000. Ce n’est pas une collection moins intéressante que celles des étiquettes de boites de fromage ou de capsules de bouteilles de bières, également très respectable. Mais Marie-Claire Mas n’a jamais parlé de collection. Ce sont des archives, des souvenirs de campagnes électorales auxquelles elle a activement participé. Des documents qui trouvent de temps en temps leur utilité. Comme quand ce candidat aux cantonales complètement néophyte est venu lui demander de l’aider à faire sa profession de fois. Elle a, ce jour-là, ouvert l’énorme dossier sur les cantonales dans lequel il y avait cinquante modèles de profession de foi.
Etant sur la liste d’Alduy, Marie-Claire Mas dit avoir également voulu conserver des bulletins pour les envoyer à ses enfants, à son fils en Australie et à sa fille à Lourdes. La mairie, la ville, c’est toute la vie de cette femme de près de soixante dix ans, « une passion » dit-elle, « une obsession » corrige une de ses amies.
Il faut s’appeler Amiel-Donat pour exploiter cette affaire comme le montre ses réactions dans la presse nationale, par exemple dans Libération qui reprend l’histoire des aisselles (bonjour la vérification de l’info) : « En revanche la socialiste Jacqueline Amiel-Donat, contactée par libération.fr, ne croit pas à la version de la collectionneuse invétérée : «Elle avait pris une poignée de bulletins, une pile de 1 cm. A ce niveau-là, ce n'est plus une collection, c'est une tapisserie. Elle allait redécorer son intérieur». Au delà de la plaisanterie, l'opposante regrette que l'expérience de la fraude aux chaussettes n'ait pas «servi de leçon. Cette femme n'est pas une novice, c'est l'ancienne secrétaire-générale de la mairie. Elle allait d'un bureau de vote à l'autre, et disait aux gens d'un certain âge pour qui voter...»
Jacqueline Amiel-Donat profère des accusations très graves dont elle aura, semble t’il, à répondre devant la justice. Si madame Mas s’était ainsi comportée dans les bureaux de vote, nul doute que les délégués des autres listes auraient réagi et pour le moins porté ces faits au procès verbal.
Titrant : « Nouvelle fraude électorale à Perpignan ? », Libération n’y va pas à la légère : « Le premier tour de l'élection municipale de Perpignan accouche d'un nouvel épisode cocasse : une co-listière UMP de Jean-Paul Alduy s'est faite prendre avec une pile de bulletins du maire sortant sous les aisselles ». A signaler que Libération.fr avait une grande partie de la journée titrée son article : « Perpignan sur les traces de l’Iran ? ». Ce qui est excessif est insignifiant. Mais quand même !