Un livre, c’est comme une bouteille. Au moment où on va l’ouvrir, c’est toujours avec l’envie que ce soit bon. Même si ce n’est pas un grand cru. Même si Denis Dupont n’est pas le Alain Duhamel de la politique départementale. Il est l’auteur besogneux d’un dictionnaire de la vie politique locale, une somme dont l’utilité ne fait pas oublier les nombreux défauts (publié en 2007).

Là, les défauts sautent tout de suite aux yeux. Petits, mais significatifs et annonciateurs. Sous le titre principal de la couverture La Campagne de Perpignan, on lit: «Chronique de 2 ans d’une bataille pour la conquête du pouvoir (2007-2009)». Pourquoi mettre deux fois la même information dans la même phrase? On tourne le livre et on lit sur la quatrième de couverture: « Denis Dupont, journaliste au journal L’Indépendant». "quotidien" aurait permis d’éviter de répéter le mot journal.

Le livre est édité par Critérium édition. Nouvel éditeur local ? Editeur hors département ? Aucune indication. Le nom de l’imprimeur et la date d’impression, mentions légales pourtant obligatoires ont été oubliées. Quand à l’éditeur, il est, sur Google, déclaré inconnu au bataillon. La couverture d’un livre, comme l’étiquette d’une bouteille, donne de nombreuses informations.

Il était temps de l’ouvrir. Première, deuxième, troisième page… ça sonne faux ! Mais il n’y a pas que le ton qui ne soit pas juste. Il y a les faits. A la date du 17 novembre 2007, (page 13 et 14), Denis Dupont relate la fameuse Fideua lors de laquelle Alduy lança sa campagne pour les municipales de 2008 devant plus de 1 500 personnes attablées dans le satellite du Palais des expositions. L’auteur fait complètement l’impasse sur les déclarations choc d’Alduy et de Villard, sur la consécration de ce dernier qui est secrétaire départemental du Parti Radical, la formation du maire.

Jean-Paul Alduy, qui vient de rendre sa présidence départementale de l’UMP, prend carrément ses distances avec elle en annonçant qu’il composera la liste selon son bon vouloir, en se faisant plaisir. Fabrice Villard va plus loin, il humilie les parlementaires et tous les responsables UMP qui sont attablés au pied de la tribune. Ils ont failli se lever comme un seul homme et quitter la salle en entendant Fabrice Villard leur dire que s’ils n’aimaient pas les Alduystes, ces derniers ne les aimaient pas non plus. C’est un moment clef. Car il montre, que de toute évidence, Alduy était convaincu qu'il n'avait pas besoin de l'UMP pour gagner. Passer à côté de ça, ce jour-là et dans les pages suivantes, c’est vraiment passer à côté de l’essentiel. D’autant qu’en 2008, Alduy manque de perdre la mairie parce que nombre d’électeurs de droite lui font défaut. Et, en 2009, il la reprend confortablement parce que cet électorat est de retour. Denis Dupont se plante tellement complètement qu’il fait de Fabrice Rallo, le responsable des jeunes radicaux, le héros de cette manifestation. Il cite sept fois le nom de Rallo et seulement une fois celui de Villard (en deux pages). Tout faux monsieur Dupont !

L’auteur ne raconte et n’analyse pas mieux ce qui se passe à gauche. Il reste à la surface. Toujours à la surface. Tout lui échappe. C’est navrant ! Il utilise des tournures qui laissent penser qu’il a une grande proximité avec les personnages. Des effets de style ! D’ailleurs mal venus. Le bon journalisme politique a autant besoin de distance que de proximité.

Perpignan-toutvabien est deux ou trois fois cité. Principalement au moment de l’affaire Coll, le numéro deux franquiste de la liste Amiel-Donat. Il écrit : « L’Indép va-t-il parler à son tour de l’affaire ? Et si oui, dans combien de temps ? Car pour être crédible, il faut que l’info passe par le quotidien. Fabrice Thomas l’a toujours regretté, mais doit se résigner à attendre que les responsables politiques du journal à leur tour lâchent l’info… » Encore tout faux ! Et pour cause. L’Indép fait le choix (incroyable mais compréhensible car il est bienveillant avec Amiel-Donat) de faire le silence sur l’énorme info. Elle n’apparaîtra dans ses colonnes qu’après la démission de François Coll. Dupont n’a pas été très malin. Il aurait pu choisir un meilleur exemple pour démontrer que le journal pour lequel il travaille restait incontournable. Il aurait aussi pu éviter de nous faire dire des choses que nous ne pensons pas.

Arrêtons-là ! On ne va quand même pas assassiner le si bon livre d’un confrère d’un aussi bon journal.

Denis Dupont, La campagne de Perpignan. Criterium édition. 12 euros.