Même en étant prévenu, on a un choc en découvrant ces bouteilles recouvertes d’une grande photo montrant Hitler faisant le salut nazi. Cette bouteille fait partie d’une série consacrée à des personnages qui ont marqué l’histoire. C’est ce qu’explique la contre-étiquette. Hitler est accompagné de Franco, Mussolini, Staline et … Jean-Paul II! Le texte de justification, en langue italienne, est ambiguë. Il appelle au respect de celui qui « au sacrifice de sa propre vie a poursuivi avec ses exploits héroïques, le rêve d’un avenir meilleur.» Ces lignes peuvent se comprendre comme un hommage aux nazis, aux phalangistes… Nous avons pris contact avec des confrères italiens pour tenter d’en savoir un peu plus sur l’entreprise qui produit ses bouteilles.

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Ce n’est pas la première fois que l’on trouve ce genre d’articles dans les rayons du supermarché Escudero à La Junquera. Il y a quelques années nous nous étions intéressés aux Birra dalla storia, une collection de canettes de bière ornées des portraits de Franco, Mussolini, Staline, De Gaulle. L’Indépendant avait également fait un article. Le maire de La Junquera, Jordi Cabezas avait exprimé ses réserves sur la commercialisation de ces produits. Les bouteilles à l’image des dictateurs les plus sulfureux avaient été retirées de la vente, avant de réapparaître quelques mois plus tard. Cela à plusieurs reprises ces dernières années. Les bouteilles de bière, vendues 3 euros, sont toujours dans les rayons, Franco y voisine avec Staline et Che Guevara.

On ne serait pas surpris d’apprendre qu’Antoni Escudero est membre du Parti Populaire. Pas du tout. Il est très proche du Parti Socialiste. Il était sous les couleurs du PSC (Parti Socialiste de Catalogne), candidat à la mairie de La Junquera. Antoni Escudero est un familier de José Bono. Ils sont tous les deux originaires de Salobré, dans la Mancha. Bono, socialiste, a été ministre des armées de 2004 à 2006 dans le gouvernement Zapatero. Il préside actuellement l’assemblée nationale Espagnole. Il vient chaque année dans le Haut Ampurdan, rendre une visite à son vieil ami. Nous avons interrogé le service de presse du président de l’assemblée nationale pour savoir ce qu’il pense de la commercialisation d’articles valorisé par des photos de Franco et de Hitler. Nous allons renouveler notre demande.

Jordi Font, directeur du musée mémorial de l’exil de La Junquera (inauguré en 2007), nous explique que les lois sur la mémoire, tant au niveau catalan qu’espagnol, réprouvent la promotion des symboles de la dictature franquiste, mais elles ne les interdisent pas. Lui, à titre personnel, considère que : « Ces pratiques sont très condamnables ». La loi de mémoire adoptée en 2007 exige le retrait des symboles franquistes, blasons, insignes et plaques dans l’espace public. Mais rien n’interdit à une entreprise privée de vendre des portraits de Franco.

hitler_escudero.JPG Hiper Escudero ou Hitler Escudero ? Il n'y a pas beaucoup de lettres à changer.

Alfons Quinta, journaliste barcelonais, précise que sauf une fois dans un petit magasin dans l’Espagne profonde, il n’a jamais vu d’objet vendu avec le portrait de Franco. Même son de cloche auprès d’autres catalans du Sud. L’un d’eux nous dit qu’il pense que le supermarché Escudero est probablement le seul en Espagne où l’on trouve la tête de Franco. Quant à celle de Hitler, c’est pour lui tout aussi inconcevable !

Après les bières de l’histoire, Antoni Escudero est passé à la commercialisation de bouteilles de vins avec des portraits de dictateurs, dont celui, c’est nouveau, de Hitler. Pourquoi cette obstination ? Le commerçant c’était il y a quelques années justifié en citant le nom d’autres grands personnages de l’histoire qui avaient leur photo sur ces bouteilles. Comme si la présence de De Gaulle, Churchill justifiait celle de tyrans dont le nom est associé à des millions de victimes. A l’époque où il était éditeur, Jean-Marie Le Pen répondait à ceux qui l’interrogeaient sur la vente des chants nazis en leur disant qu’il diffusait aussi l’Internationale. Une explication dont personne, sauf ceux qui le voulaient, n’était dupes.