La grande nouvelle de cette semaine, c’est que Josianne Cabanas marche sur les traces de l’immense Bertrand Sombrelieu.

Faut-il rappeler que : « Entre 1940 et 1962, Bertrand Sombrelieu rédigea une série d’"homonymographies" : c’étaient des biographies d’homonymes de gens célèbres, qu’il faisait imprimer à ses frais et mettait en dépôt chez les libraires en ricanant à l’idée des lecteurs qu’il allait tromper. On lui doit ainsi une vie de Théophile Gautier, cordonnier à Lattes, dans L’Hérault ; une vie de Cambronne, représentant de commerce dans le Doubs ; des Commentaires sur la vie de Rancé, que beaucoup prirent pour une exégèse de la vie de Chateaubriand mais qui rassemble en réalité deux cent aphorismes sur la vie de Maurice Rancé, petit industriel du Haut-Rhin ; une vie de Lénine consacrée à Clément Lénine, employé des chemins de fer belges et membre du parti communiste à la section de Liège. En 1959, il publie deux livres jumeaux : Le maréchal Joffre est une plaquette sur le maréchal-ferrant Claude Joffre, né en 1802 et mort en 1850 à Compiègne, Le président Poincaré raconte la vie de Matthieu Poincaré, président du syndicat d’initiative de Cornimont entre 1949 et 1956. Son dernier livre paraît en 1975 : Bertrand Sombrelieu par Bertrand Sombrelieu n’est pas une autobiographie mais le récit de la vie de son homonyme, Bertrand Sombrelieu, propriétaire dans les Pyrénées d’un petit hôtel où notre homme allait souvent passer le mois de juillet. »

Bien que débutant dans l’homonymographie, Josianne Cabanas a réussi un coup de maître dont toute la presse s’est fait l’écho. La lauréate du prix Méditerranée peut ajouter une ligne à la longue liste de ses œuvres (deux livres).

Josianne Cabanas a visé haut. Bertrand Sombrelieu n’était jamais allé jusqu’à donné pour mort avant qu’il ne fut rappelé à Dieu, un des personnages qu’il sortait de l’anonymat en utilisant son homonymie avec un homme célèbre. Mais en faisant preuve d’une telle audace, l’auteur était certaine que son oeuvre ne passerait pas inaperçue. Les vivants se sont, bien évidemment, indignés. Joli coup !

Nous tenons à rendre, ici, un admiratif et très sincère hommage à notre éminente consoeur. Et nous tenons également à clouer le bec à ceux, parmi lesquels de nombreux confrères, qui ont fait leur miel de "la grossière erreur", de la "monumentale bourde".

Josianne Cabanas n’est pas sotte, elle sait bien qu’il y a plus d’une Marty qui s’appelle Marguerite. Qui ne connaît pas un Marty ? Les pages blanches en répertorient six cent soixante quatre dans les P-O. Cela fait un paquetasse de personnes portant ce nom. Tout cela notre consoeur le savait. Il lui suffisait d’ailleurs de regarder les avis de décès de L’Indép du 2 mai, pour voir que la Marguerite Marty née Gineste décédée à 97 ans n’avait rien à voir avec la Marguerite Marty qui défraya la chronique judiciaire dans les années 1950.

Afin que le scandale soit total, l’auteur de l’article a eu l’idée de rappeler qu’en 1955 : « Le nom de Marguerite Marty fit la une des journaux, et on l’entendit fréquemment au poste dans les chroniques des journalistes judiciaires de l’époque, tel Frédéric Pottecher ». La Cabanas n’y est pas allée de main morte.

Notre consoeur livre une présentation des faits qui peut inciter le lecteur à s’interroger sur l’innocence de Marguerite Marty : « Accusée d’avoir au Gardénal empoisonné sa cousine, Jeanne Prat, épouse d’Eugénio Candela, lequel aurait été également l’amant de Marguerite Marty. Au bout de plus de 15 mois de détention, Marguerite Marty, qui n’était alors âgée que de 28 ans, comparut devant la cour d’assises des P.-O. Pendant une semaine, le tribunal vibra aux accents des plus brillants avocats de l’époque, Maîtres Pollack et maître Floriot, pour les familles Prat et Candela, et maître Garçon qui défendait Marguerite Marty avec un jeune confrère perpignanais maître Talairach. Alors que l’avocat général demandait la réclusion criminelle à perpétuité, Marguerite Marty fut acquittée.»

L’Indépendant n’a évidemment pas voulu reconnaître l’homonymographie à laquelle se serait livrée Josianne Cabanas. Il a dès le lendemain présenté ses excuses. Va pour les excuses. Mais les explications sont, elles, un peu grosses : « Un nom malheureusement commun dans le département »… « Sur la base d’une fausse information, nous avons confondu cette dame avec une autre ». Il faut rappeler à l’auteur de cet incroyable mea culpa que notre métier consiste à vérifier les informations qui nous arrivent. C’est comme cela que l’on se met à l’abri de ce qui ne peut en aucun cas être qualifié d’erreur. C’est une faute professionnelle.

L’Indép utilise également le mot d’erreur à propos du tendancieux rappel de l’affaire judiciaire à laquelle Marguerite Marty a été mêlée, il y a plus de cinquante ans.

A partir du moment où Marguerite Marty a été acquittée par la cour d’assises, elle est innocente et il n’est plus permis de douter de cette innocence. C’est la loi. Ne pas s’y soumettre est un délit.

PS : Pour en savoir plus sur Bertrand Sombrelieu, se reporter à un livre de nouvelles (Eh oui, une fiction) de Bernard Quiriny, Contes carnivores. Ed du Seuil.